TotalEnergies touche un record historique tandis que le rally défense européen s’essouffle avant la clôture

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TotalEnergies a clôturé en hausse de 4,4 % à Paris lundi, touchant un record historique de 73 euros en séance, tandis que les valeurs françaises de défense — Thales et Dassault Aviation en tête — ont bondi jusqu’à 6 % à leurs pics avant d’effacer l’essentiel de ces gains à la clôture. La séance a illustré une dynamique plus large à l’œuvre sur les marchés européens : l’énergie et la défense restent les deux seuls secteurs à attirer encore des capitaux dans une semaine rythmée par les trajectoires de missiles de croisière et les espaces aériens fermés, et jamais la base industrielle de défense européenne n’a été mieux positionnée pour absorber ces afflux.

TotalEnergies : les chiffres derrière la bougie

TotalEnergies a clôturé à 70,28 euros lundi, contre 67,28 vendredi. Le titre a inscrit un plus haut en séance à 73,00 euros, un sommet sans précédent qui constitue également le plafond de sa fourchette sur 52 semaines. Les volumes ont atteint 7,58 millions de titres échangés, contre une moyenne sur 20 séances de 4,07 millions — soit près du double de la liquidité habituelle sur une seule journée. À la clôture, la capitalisation boursière du groupe s’élevait à environ 170 milliards d’euros, ce qui en fait la première pondération du CAC 40 à 7,2 % de l’indice, légèrement devant LVMH à 7,1 %, comme l’a relevé MarketScreener. Depuis le 1er janvier, le titre affiche un gain de 26,6 %.

Le mouvement n’était pas un cas isolé. Les producteurs norvégiens Equinor et Var Energi ont progressé de 8 et 6 % respectivement, tandis que Shell et BP ont avancé à Londres. Le catalyseur était limpide : le Brent a bondi de près de 8 % à 79,19 dollars le baril après qu’un commandant des Gardiens de la révolution iraniens a déclaré le détroit d’Ormuz fermé, selon l’Associated Press. Environ un cinquième du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié transite par ce passage. Stephen Innes, de SPI Asset Management, l’a décrit comme l’aorte du système énergétique mondial. Une fermeture prolongée aurait des répercussions sur toutes les classes d’actifs, partout.

Pour TotalEnergies en particulier, le rendement du dividende s’établit désormais à 5,05 %, et 13 des 14 analystes qui couvrent la valeur la recommandent à l’achat. L’analyste de JPMorgan Matthew Lofting a relevé sa recommandation de Neutre à Surpondérer lundi, après avoir déjà rehaussé son objectif de cours de 58 à 63 euros le 25 février. Le titre a pulvérisé cet objectif de dix euros en une seule séance.

Défense française : +6 % le matin, +1 % à la clôture

Thales a gagné jusqu’à 6,1 % en séance lundi, Dassault Aviation progressant de 3,5 % à son pic. À la clôture, le tableau était bien différent. Thales a terminé à 256,90 euros, soit un gain de moins d’un pour cent par rapport aux 254,90 euros de vendredi. Le bilan de clôture de CNBC a confirmé que les valeurs européennes de défense ont terminé en ordre dispersé, les gains matinaux s’étant largement évaporés sur l’ensemble du secteur. Le britannique BAE Systems a néanmoins conservé une hausse de 6 %. L’italien Leonardo a clôturé en progression de près de 3 %, l’allemand Renk de 3 %. Quant au suédois Saab, qui avait bondi de 6,1 % à l’ouverture en même temps que Thales, il a terminé la journée en recul de 0,5 %.

Thales publie ses résultats annuels mardi 3 mars, ce qui a pu contribuer au retournement de l’après-midi, les opérateurs préférant alléger leur exposition avant les chiffres. L’analyste de Citi Charles Armitage a souligné que les entreprises et projets multinationaux impliqués dans les systèmes de défense aérienne sont susceptibles d’attirer un intérêt soutenu des investisseurs, citant notamment l’initiative Sky Shield, qui réunit 22 pays et des industriels d’Allemagne, de France, de Norvège et des États-Unis. Thales coproduit avec MBDA le système sol-air SAMP/T, un programme qui a gagné en pertinence alors que les frappes américano-israéliennes sur l’Iran entrent dans leur troisième jour.

Jens-Peter Rieck, de MWB Research, a déclaré à Bloomberg que le marché interprétera le conflit comme globalement favorable aux valeurs européennes de défense, tout en prévenant que la hausse relève davantage du sentiment que d’une révision des estimations de bénéfices. Cette nuance est capitale. Le schéma envolée-puis-reflux observé lundi sur des titres comme Thales et Saab suggère que le marché partage cette lecture : la prime de guerre est bien réelle, mais le scénario bénéficiaire était déjà dans les cours.

Le supercycle de la défense européenne ne se joue pas en une séance

Le contexte plus large des actions européennes de défense dépasse largement la réaction d’une seule séance aux représailles iraniennes. L’indice STOXX Europe Total Market Aerospace and Defense a progressé de plus de 260 % depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 et a signé un gain de 13,5 % lors des deux premières semaines de janvier, sa meilleure ouverture d’année jamais enregistrée, selon Morningstar. Des valeurs phares comme Saab et Rheinmetall avaient démarré l’année sur des hausses supérieures à 20 % avant que les frappes de vendredi n’ajoutent une couche supplémentaire de prime de risque géopolitique. Les événements autour du Venezuela, du Groenland et désormais de l’Iran ont accéléré ce que les analystes qualifient de supercycle de la défense.

Le moteur structurel est budgétaire, et non émotionnel. Le plan ReArm Europe de la Commission européenne, officiellement baptisé Readiness 2030, vise à mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros de dépenses de défense sur quatre ans, à travers deux canaux. Premièrement, il active la clause dérogatoire nationale du Pacte de stabilité et de croissance, permettant aux États membres d’augmenter leurs budgets de défense sans déclencher la procédure pour déficit excessif. Si les 27 membres de l’UE relèvent leurs dépenses de 1,5 % du PIB, la Commission estime que cela créerait près de 650 milliards d’euros de marge budgétaire. Deuxièmement, un nouvel instrument d’emprunt baptisé Security Action for Europe met à disposition jusqu’à 150 milliards d’euros de dette commune pour l’investissement de défense, adopté par le Conseil de l’UE en mai 2025.

L’OTAN a relevé son objectif d’investissement de défense lors du sommet de La Haye à 3,5 % du PIB d’ici 2035, avec 1,5 % supplémentaire pour les infrastructures et la résilience. Pour les 23 membres de l’OTAN qui sont également membres de l’UE, atteindre ce nouvel objectif nécessiterait 254 milliards d’euros de dépenses annuelles supplémentaires. Dans les faits, les budgets nationaux bougent déjà. L’Allemagne a alloué 377 milliards d’euros à l’acquisition militaire dans son budget 2026, dans l’ambition affichée par Berlin de disposer de l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe. La France s’est engagée à doubler son budget de défense d’ici 2027 par rapport à 2017, avec un engagement de 64 milliards d’euros. Le projet de budget polonais pour 2026 prévoit près de 55 milliards de dollars, sa plus importante dotation jamais enregistrée.

Les entreprises qui captent ces dépenses

L’allemand Rheinmetall, désormais premier groupe européen de défense par capitalisation boursière, a progressé d’environ 200 % depuis janvier 2025. Morningstar considère toujours le titre comme sous-évalué, en territoire quatre étoiles malgré une hausse de 22 % depuis le début de l’année, l’analyste Muharremi identifiant le groupe comme le mieux positionné pour les capacités de production de munitions et de systèmes terrestres. Rheinmetall a acquis le fabricant américain de composants pour véhicules Loc Performance Products pour 950 millions de dollars et s’est associé au spécialiste des drones Anduril pour développer des systèmes d’attaque. Safran, le spécialiste français des moteurs et de l’avionique, a racheté la société de surveillance par IA Preligens pour 220 millions d’euros. La start-up allemande Helsing a levé 600 millions d’euros en financement de série D. Le pipeline de fusions-acquisitions du secteur reflète la conviction que les carnets de commandes — qui s’étendent désormais au-delà de 2030 pour la plupart des grands contractants — se convertiront en croissance soutenue du chiffre d’affaires.

L’équipe défense de Bernstein a souligné l’importance de la sélection de valeurs plutôt que d’une exposition sectorielle indifférenciée, compte tenu de valorisations élevées. BAE Systems, Thales, Rheinmetall et Dassault Aviation restent les convictions européennes de la maison. Daniele Antonucci, directeur des investissements chez Quintet Private Bank, a indiqué que les gouvernements orientent les capitaux vers les infrastructures, la défense et les secteurs stratégiques, et que ces politiques créent ensemble le contexte le plus porteur pour la croissance depuis des années. Les dépenses mondiales de défense sont en passe d’atteindre 2 600 milliards de dollars en 2026, soit une hausse de 8 % en glissement annuel. Pour TotalEnergies et le secteur français de la défense, lundi a été un événement de revalorisation. Pour les actions européennes de défense dans leur ensemble, il s’agissait d’un jalon supplémentaire dans une réallocation structurelle pluriannuelle qui ne montre aucun signe d’inversion.

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Artur Szablowski
Artur Szablowski
Chief Editor & Economic Analyst - Artur Szabłowski is the Chief Editor. He holds a Master of Science in Data Science from the University of Colorado Boulder and an engineering degree from Wrocław University of Science and Technology. With over 10 years of experience in business and finance, Artur leads Szabłowski I Wspólnicy Sp. z o.o. — a Warsaw-based accounting and financial advisory firm serving corporate clients across Europe. An active member of the Association of Accountants in Poland (SKwP), he combines hands-on expertise in corporate finance, tax strategy, and macroeconomic analysis with a data-driven editorial approach. At Finonity, he specializes in central bank policy, inflation dynamics, and the economic forces shaping global markets.

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