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Le cuivre au LME a clôturé à 12 075 $ la tonne le 26 mars, en recul de 17 % par rapport au record historique de 14 527 $ atteint le 29 janvier. La correction a été impitoyable. Les fondamentaux qui avaient alimenté le rally, eux, n’ont pas changé d’un iota.
C’est ce décalage que votre portefeuille doit intégrer. Le cuivre n’a pas chuté parce que le monde en a soudainement moins besoin. Il a chuté parce que la guerre en Iran a fait flamber les coûts énergétiques, anéanti l’appétit pour le risque et contraint les positions longues à effet de levier à liquider sur un marché déjà fébrile face à la demande chinoise. Sur le COMEX, le contrat du mois le plus proche s’établit à 5,56 $ la livre, toujours assorti d’une prime record par rapport au LME, les importateurs américains ayant passé toute l’année 2025 à constituer des stocks de cathodes en prévision d’éventuels droits de douane au titre de la Section 232. Cette prime ne s’est pas effondrée, et le métal entreposé aux États-Unis n’est pas près d’en sortir.
Ce que disent les graphiques
Le pic de janvier à 14 527 $ s’est construit sur la force majeure de Grasberg, le déficit de production chilien et une vague d’achats spéculatifs liés aux investissements dans l’infrastructure IA. La correction avait toutefois débuté avant le premier missile sur l’Iran : dès la mi-février, le cuivre avait déjà reculé vers 13 000 $ sous l’effet de prises de bénéfices et de PMI chinois décevants. Le conflit n’a fait qu’accélérer le mouvement. Un Brent au-dessus de 100 $ signifie des coûts de fusion plus élevés, des marges comprimées et une activité industrielle affaiblie dans l’Asie importatrice. Le bulletin de mars de S&P Global sur les matières premières désignait l’aluminium comme le métal le plus directement touché par le conflit, mais le cuivre a subi les effets de second ordre — craintes de destruction de la demande et envolée du dollar.
Le retracement de Fibonacci à 61,8 %, calculé entre le creux d’octobre 2025 et le sommet de janvier, se situe précisément autour de 12 000 $. C’est là que le cuivre a trouvé un plancher la semaine dernière. Pour ceux qui suivent l’analyse technique, ce niveau est déterminant.
Le déficit n’a pas disparu
Mettez de côté le bruit de la guerre : le tableau de l’offre est plus tendu qu’il y a un an. J.P. Morgan projette un déficit mondial de cuivre raffiné de 330 000 tonnes en 2026, porté par une croissance de la production minière d’à peine 1,4 %, soit environ 500 000 tonnes de moins que ce que la banque anticipait début 2025. Shearer, chez JPM, a souligné l’arrêt de Grasberg, qui a mis hors service 70 % de la production du Block Cave après le glissement de terrain de septembre, et a averti que la pleine production ne reprendra pas avant le deuxième trimestre. Freeport annonce un rétablissement à 85 % des opérations au second semestre — des prévisions optimistes de la part d’une entreprise qui a déjà manqué ses échéances par le passé.
Le Chili tente de combler le vide. Cochilco table sur une production nationale de 5,61 millions de tonnes en 2026, en hausse d’environ 100 000 tonnes par rapport au rythme actuel. Treize projets représentant 14,8 milliards de dollars franchissent des étapes clés cette année, selon Mining.com, notamment le Rajo Inca de Codelco, le Mantos Blancos de Capstone et l’extension de Collahuasi pilotée par Anglo American et Glencore. Sept de ces projets devraient entrer en production, ajoutant près de 500 000 tonnes de capacité annuelle sur le papier. Mais Guzmán, chez GEM, a prévenu qu’aucun d’entre eux n’atteindra sa pleine capacité immédiatement : ce sont les relations avec les communautés locales, et non les cours des matières premières, qui constituent la contrainte réelle. La production péruvienne stagne autour de 2,7 millions de tonnes, selon les données d’INN, et le pipeline argentin de 18 milliards de dollars n’est encore qu’à des années de sa première production.
Le moteur de la demande IA
Voici ce qui se perd dans le fracas des gros titres sur l’Iran. J.P. Morgan estime que les seules installations de centres de données consommeront 475 000 tonnes de cuivre en 2026, soit une hausse d’environ 110 000 tonnes en glissement annuel. En janvier, Amazon Web Services a signé un contrat d’achat sur deux ans avec Rio Tinto pour du cuivre produit localement dans une mine de l’Arizona — l’un des premiers liens directs entre cuivre bas carbone et infrastructure IA. Ce ne sera pas le dernier.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, les centres de données représentent aujourd’hui environ 1,5 % de la consommation mondiale d’électricité, soit à peu près l’équivalent du Royaume-Uni tout entier. D’ici 2030, ce chiffre devrait plus que doubler, l’IA étant responsable de l’essentiel de cette hausse. Chaque mégawatt de nouvelle capacité requiert du cuivre pour le câblage, les barres omnibus, les transformateurs et les systèmes de refroidissement — il n’existe aucun substitut viable à grande échelle. Goldman Sachs a désigné le cuivre comme la matière première au plus fort potentiel de croissance cette année, bien que son objectif de cours de 5,17 $ la livre, soit environ 11 400 $ la tonne, se situe nettement sous le prix au comptant actuel. L’écart entre la prudence de Goldman et l’objectif de 12 500 $ de JPM illustre bien que même les desks ne s’accordent pas sur la part de la prime IA déjà intégrée dans les cours.
Le positionnement
Les stocks dans les entrepôts du COMEX dépassent 453 000 tonnes — un record —, mais ces inventaires sont de fait verrouillés par l’arbitrage de prime entre le CME et le LME. Il ne s’agit pas d’offre disponible au sens propre. De leur côté, les fonderies chinoises ont convenu de réduire leur production raffinée de plus de 10 % en 2026, après que les frais de traitement et de raffinage sont passés en territoire négatif, selon Goldman. Autrement dit, les fonderies paient littéralement les mineurs pour recevoir du concentré. Quand les frais de transformation deviennent négatifs, l’offre n’est pas abondante — elle est en situation critique.
L’International Copper Study Group anticipe un déficit de 150 000 tonnes en 2026, une estimation plus prudente que les 330 000 de JPM, mais qui reste un manque dans un marché où les approbations de nouvelles mines n’ont pas dépassé en moyenne 300 000 tonnes par an depuis trois ans, selon Wood Mackenzie. La croissance annuelle de la demande exige 600 000 à 700 000 tonnes d’offre nouvelle. L’équation ne tient pas. Et elle ne tient plus depuis un moment.
Si vous êtes long sur le cuivre à ces niveaux, la thèse n’est pas invalidée. Le plancher des 12 000 $ a tenu, le déficit est structurel et la dynamique de demande liée à l’IA s’accélère bien plus vite qu’aucune mine ne peut être autorisée. Si vous attendez un point d’entrée plus propre, surveillez le détroit d’Ormuz. Dès que les coûts énergétiques se stabiliseront et que les perspectives de demande industrielle s’éclairciront, le métal qui a perdu 17 % sur le sentiment va se réajuster sur les fondamentaux. Le déficit se moque de la géopolitique. Il ne connaît que les tonnes. Et il n’y en a pas assez.