Nvidia a livré, SpaceX a déposé son dossier : Wall Street n’a rien voulu entendre

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Le S&P 500 a cédé 0,41 % mercredi : la hausse du pétrole, des rendements obligataires élevés et l’incertitude autour de l’Iran ont éclipsé un nouveau trimestre exceptionnel de Nvidia ainsi que le dépôt historique d’introduction en Bourse de SpaceX, qui vise une levée d’environ 80 milliards de dollars.

Un marché incapable de choisir sa direction

Wall Street a terminé la séance du 21 mai dans une forme d’impasse analytique. Le Nasdaq Composite a reculé de 0,72 %, lesté par des valeurs technologiques qui, selon toute logique, auraient dû être en fête. Le Dow Jones Industrial Average a clôturé quasi inchangé. Le Russell 2000 a brièvement rebondi sur la base d’un rapport — rapidement remis en question par plusieurs analystes — selon lequel les États-Unis et l’Iran se rapprochaient d’un projet d’accord. Comme le soulignait le fil en direct de TheStreet le 21 mai, c’est un refrain que le marché a déjà entendu maintes fois.

Deux événements corporate majeurs sont survenus à quelques heures d’intervalle, chacun porteur d’implications qui façonneront l’allocation de capitaux pour le reste de l’année 2026. Nvidia a publié des résultats trimestriels supérieurs à toutes les estimations significatives, tandis que SpaceX a déposé un prospectus d’introduction en Bourse qui pourrait devenir la plus grande offre publique de l’histoire. Ni l’un ni l’autre n’a suffi à tirer les indices vers le haut.

Nvidia : 81,6 milliards de dollars et un quatrième repli consécutif après publication

Le fabricant de puces de Jensen Huang a annoncé un chiffre d’affaires de 81,62 milliards de dollars pour le trimestre clos en avril 2026, au-dessus du consensus de 79,2 milliards, selon la couverture en direct de Kiplinger publiée le 20 mai. Le bénéfice par action ajusté s’est établi à 1,87 $, contre 1,78 $ attendu par le marché. Le chiffre d’affaires des centres de données — le segment décisif pour les investisseurs en infrastructures d’IA — a quasiment doublé en glissement annuel pour atteindre 75,2 milliards de dollars, comme l’a rapporté CNBC le 21 mai. Le groupe a annoncé un programme de rachat d’actions de 80 milliards de dollars et relevé son dividende trimestriel à 25 cents par action.

L’action Nvidia a malgré tout cédé 1,8 % en clôture jeudi, signant un quatrième recul consécutif après publication de résultats. Les attentes sont devenues si élevées qu’un dépassement significatif des estimations ne suffit plus à déclencher un mouvement haussier. John Belton, gérant de portefeuille chez Gabelli Funds, a confié à Kiplinger que Nvidia se négocie désormais à un ratio cours/bénéfices inférieur à 20 — soit grosso modo un multiple de marché — avec le potentiel de générer mille milliards de dollars de flux de trésorerie disponible sur les quatre à cinq prochaines années. L’argument de valorisation est solide. Le sentiment, lui, ne suit pas.

Des analystes cités par Reuters ont relevé que les prévisions de Nvidia excluaient les ventes liées à la Chine, injectant de l’incertitude dans un trimestre par ailleurs impeccable en termes de résultats et de perspectives revus à la hausse. L’acqui-embauche de Groq pour 20 milliards de dollars, structurée comme un accord d’acquisition d’actifs et de licences en décembre 2025 afin de contourner les autorités antitrust — comme Axios l’avait rapporté à l’époque — renforce les capacités d’inférence mais ajoute aussi de la complexité, à un moment où les investisseurs s’interrogent sur la durabilité du rythme actuel des dépenses d’investissement des hyperscalers.

SpaceX : ticker SPCX et la question des 1 500 milliards de dollars

Quelques heures après la publication des chiffres de Nvidia, SpaceX a rendu public son prospectus d’introduction en Bourse. La société sera cotée sur le Nasdaq sous le ticker SPCX, avec Goldman Sachs à la tête du syndicat de placement aux côtés de Morgan Stanley, Bank of America, Citigroup et JPMorgan Chase, selon CNBC le 20 mai. À la suite de la fusion de février avec xAI, la filiale d’intelligence artificielle d’Elon Musk, SpaceX affichait une valorisation privée de 1 250 milliards de dollars. L’IPO viserait une valorisation supérieure à 1 500 milliards de dollars et une levée d’environ 80 milliards — un montant qui éclipserait largement le record de 26 milliards de dollars de Saudi Aramco en 2019.

Le prospectus a fourni plusieurs données que les investisseurs attendaient de longue date. Les dépenses totales ont atteint 20,7 milliards de dollars, portées principalement par l’expansion des centres de données de xAI. SpaceX a déclaré détenir 18 712 bitcoins au 31 mars, pour un coût d’acquisition de 661 millions de dollars et une juste valeur à cette date de 1,293 milliard — un chiffre qui a depuis progressé vers 1,45 milliard compte tenu des récents mouvements du bitcoin autour du seuil de 77 000 $. Musk conserve 85 % des droits de vote. L’entreprise identifie un marché total adressable de 28 500 milliards de dollars, dont l’essentiel se situe en dehors de ses activités actuelles.

Le Wall Street Journal a par ailleurs rapporté qu’OpenAI pourrait déposer confidentiellement son propre dossier d’IPO dès cette semaine. Conjugué à l’entrée en Bourse de Cerebras Systems le 14 mai — 5,55 milliards de dollars sur le Nasdaq, un cours d’introduction à 185 $ par action supérieur à la fourchette révisée, et un doublement dès le premier jour de cotation — le milieu de l’année 2026 pourrait voir la vague d’introductions technologiques la plus marquante depuis l’ère des dot-com.

Pétrole, rendements obligataires et variable iranienne

Le contexte macroéconomique rendait quasi impossible toute tentative des investisseurs haussiers de capitaliser sur les nouvelles corporate. Le Brent s’échangeait autour de 102 $ le baril, reflet des tensions persistantes liées au conflit iranien et au risque de perturbation du détroit d’Ormuz. À ce niveau, le cours du brut exerce une pression inflationniste directe sur la consommation, les coûts de transport et les marges des entreprises.

Les rendements du Trésor sont restés élevés. Plus tôt dans la semaine, le rendement à 10 ans avait atteint son plus haut niveau depuis plus d’un an, un mouvement qui avait déclenché des baisses consécutives du S&P 500 et du Nasdaq lundi et mardi. Le marché obligataire intègre une Fed disposant de très peu de marge pour baisser ses taux tant que le pétrole reste au-dessus de 100 $. Les inscriptions hebdomadaires au chômage, publiées jeudi matin par le département du Travail, se sont établies à 209 000, en dessous des 213 000 attendus par les économistes interrogés par FactSet, confirmant un marché de l’emploi que les analystes qualifient de « faible embauche, faible licenciement ». Le taux de chômage reste proche de 4,3 %, les employeurs ayant créé 115 000 postes de manière inattendue en avril malgré l’incertitude liée au conflit.

L’avertissement du président Trump selon lequel « l’horloge tourne » pour l’Iran, combiné au rapport de résolution brièvement encourageant mais non confirmé, a ajouté une couche supplémentaire de volatilité intra-journalière qui, au final, n’a mené nulle part.

La collision qui définit ce marché

Un pipeline d’introductions en Bourse record, un secteur de l’IA générant une croissance du chiffre d’affaires inimaginable il y a deux ans, un pétrole au-dessus de 100 $ et des rendements obligataires qui refusent de refluer : ces forces tirent dans des directions opposées avec une intensité à peu près équivalente. Résultat : un marché où la rotation sectorielle compte davantage que la direction des indices, et où le meilleur trimestre de résultats de l’histoire des semi-conducteurs peut coexister avec une séance qui clôture dans le rouge.

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Mark Cullen
Mark Cullen
Senior Stocks Analyst — Mark Cullen is a Senior Stocks Analyst at Finonity covering global equity markets, corporate earnings, and IPO activity. A London-based professional with over 20 years of experience in communications and operations across financial, government, and institutional environments, Mark has worked with organisations including the City of London Corporation, LCH, and the UK's Department for Business, Energy and Industrial Strategy. His extensive background in strategic communications, market research, and stakeholder management — including coordinating financial services partnerships during COP26's Green Horizon Summit — informs his ability to distill complex market dynamics into clear, accessible analysis for investors.

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